
Podcast : En quête de savoirs #E8
18 juillet 2026
Des lieux de la Reco en Normandie
18 juillet 2026
12 septembre 2025
Seine-Maritime (76) – Elbeuf
Entretien avec les bénévoles Marie-Odile Leprince référente badge numérique et Ghislaine Maloux.

Ecoutez l’entretien :
CC Nc By Potentiels Jeunes
L’échange porte sur la manière dont les badges numériques permettent de valoriser et de rendre visibles des engagements, des savoirs et des compétences, en particulier dans un cadre de réseau d’échanges réciproques de savoirs et au sein du Centre social du Puchot. Marie Odile Leprince et Ghislaine Maloux expliquent que l’approche repose sur l’idée d’un échange non comptabilisé en heures, où chacun peut être tour à tour donneur et receveur, sans hiérarchie entre les savoirs, et où l’on peut aussi bien reconnaître une passion, un savoir-faire artisanal ou une expérience bénévole qu’une compétence plus réflexive. Le dialogue insiste sur le fait que la construction d’un badge commence souvent par un travail d’accompagnement très concret et adapté à la personne, parfois avec un appui informatique, parfois par un cheminement plus lent, en partant de situations vécues, de jeux ou d’activités collectives permettant d’identifier les compétences mises en œuvre. Plusieurs exemples illustrent cette démarche, comme une recette de caramel au beurre salé transmise par une enfant avec sa mère, ou un badge collectif autour de la béchamel, co-construit à partir des pratiques communes des participants. Les intervenantes soulignent aussi l’importance de la décomposition des savoirs, de la réflexion sur ses propres pratiques, du droit de prendre son temps et de ne pas faire à la place de l’autre, afin de renforcer l’estime de soi et le pouvoir d’agir. Le rôle des institutions apparaît en arrière-plan, avec des soutiens financiers ou politiques variables selon les territoires, mais aussi des limites liées à la culture numérique, à la reconnaissance formelle des compétences et à la difficulté de faire entrer ces outils dans certaines structures ou auprès de certains publics. Enfin, les échanges convergent vers l’idée que les badges ne sont qu’un moyen parmi d’autres pour reconnaître les personnes, et qu’ils gagnent à être présentés de manière ludique, progressive et territorialisée, en réseau, afin de diffuser une culture de la reconnaissance plus large et plus accessible.
Chapitre 1 : Principes de fonctionnement des badges et échanges de savoirs
L’échange commence par une explication du réseau d’échanges réciproques de savoirs, fondée sur la logique de réciprocité plutôt que sur un comptage d’heures ou une hiérarchisation des savoirs. Marie-Odile Le prince illustre ce fonctionnement avec des exemples concrets, notamment celui d’un enfant qui transmet une recette de caramel au beurre salé. Le groupe distingue aussi ce modèle des systèmes d’échanges locaux, où les savoirs peuvent être valorisés différemment.
Chapitre 2 : Badge numérique, accompagnement et personnalisation
La discussion porte sur l’usage des badges numériques comme outil de valorisation des compétences et sur la manière de les rendre visibles dans les espaces du centre social. Marie-Odile décrit un accompagnement très individualisé, avec un appui aux personnes peu à l’aise avec le numérique et une co-construction du badge à partir d’éléments préparés à l’avance. Le badge est présenté comme un objet souple, à la carte, qui n’impose aucun objectif quantitatif.
Chapitre 3 : Décomposer les savoirs et rendre les compétences visibles
Le chapitre approfondit la logique de construction des critères d’un badge, qui repose sur l’identification de preuves concrètes et sur une décomposition fine des activités. Marie-Odile explique que l’objectif n’est pas seulement de constater une compétence, mais d’aider la personne à prendre conscience de ce qu’elle sait faire. Cette démarche est liée à la réflexion de Donald Schön sur le praticien réflexif.
Chapitre 4 : Pratique réflexive, apprentissage et évolution des méthodes
Les intervenants montrent comment les personnes réalisent souvent des gestes professionnels de manière spontanée, sans en formaliser les étapes ni les raisons. Les exemples de cuisine, d’animation d’atelier et d’entraide illustrent le passage d’une pratique intuitive à une pratique explicitable. Ghislaine Maloux souligne également que les méthodes évoluent avec le matériel, l’expérience et la capacité à ne pas faire à la place des autres.
Chapitre 5 : Diffusion des badges et reconnaissance des compétences
Marie-Odile replace les badges dans un contexte plus large de reconnaissance et d’estime de soi, en évoquant aussi les passeports bénévoles. Elle présente une expérimentation réalisée avec des bénéficiaires du RSA en Seine-Maritime, en lien avec le département et France Travail, ainsi que le financement obtenu pour ce projet. Le centre social du Puchot est ensuite décrit comme un futur « Lieu de la reco », destiné à accueillir habitants et professionnels autour de la reconnaissance des compétences.
Chapitre 6 : Essaiimage, réseau normand et culture des badges
La discussion a rencontré en avant l’intérêt de diffuseur plus largement la démarche, notamment à travers le réseau des acteurs de Normandie. Marie-Odile cite d’autres initiatives inspirantes, comme celles du Dôme, et insiste sur la nécessité de créer un collectif dynamique pour rendre les badges plus visibles. L’objectif est de faire progressivement connaître l’outil par contamination positive et travail en réseau.
Chapitre 7 : Formation de l’équipe et montée en autonomie
Le sujet se recentre sur l’équipe du centre social et sur le niveau d’appropriation des badges par les salariés et bénévoles. Marie-Odile indique que l’ensemble de l’équipe a été formé, mais que certains restent encore en retrait, tandis que Ghislaine reconnaît se sentir à l’aise avec le numérique sans encore maîtriser entièrement la fabrication d’un badge. Les conseils donnés à un porteur de projet insistant sur l’importance de ne pas avoir peur de se montrer, d’expliciter ses étapes et de valoriser ses acquis.
Chapitre 8 : Jeux, compétences psychosociales et validation
Marie-Odile explique qu’elle utilise volontiers des jeux comme Totem pour faire émerger les qualités, savoir-être et compétences des personnes avant même de parler de badges. Elle évoque également son rôle d’examinatrice pour des badges de compétences psychosociales développés par le Dôme. L’approche repose sur la reconnaissance progressive des situations vécues et sur la validation des compétences mobilisées dans l’action.
Chapitre 9 : Situations apprenantes et transfert des compétences
L’échange s’élargit à d’autres expériences, notamment avec la CIBC et une épicerie sociale, où les activités ont été décomposées pour faire apparaître les compétences mobilisées. Les participants ont ainsi pu identifier des savoir-faire transférables à d’autres contextes professionnels. Marie-Odile conclut cette partie en rappelant qu’il faut laisser du temps aux personnes pour mûrir leur réflexion et finaliser leur badge.
Chapitre 10 : Adapter les projets et privilégier le selfi-badge
Marie-Odile insiste sur la nécessité d’adapter tout projet à la réalité locale et aux orientations du lieu. Elle précise que son entrée dans les badges s’est faite par les self-badges, en cohérence avec une logique d’accompagnement des personnes et de renforcement de leur pouvoir d’agir. Elle souligne également l’importance de multiplier les supports concrets et visibles, car le terme de badge numérique reste encore peu parlant pour beaucoup.
Exemple collectif autour de la béchamel
L’échange se conclut sur un exemple très concret de badge collectif autour de la préparation de la béchamel. Les participants ont co-créé un badge commun en ne gardant que les éléments partagés de la recette, puis ont réalisé un livre numérique avec Book Creator à partir de photos. Le cas de Jacques illustre ensuite la combinaison entre badge collectif et badge individuel dans une même dynamique de reconnaissance.




